Le Ballon dort…

… mais plus pour longtemps: en effet, le vote de cette année est prévu pour le 26 octobre prochain. Autant vous dire qu’on est déjà dans un état de pré-énervement digne de celui de Jean-Luc Mélenchon à la vue d’un micro à la simple idée des futurs votes lunaires de la plupart des représentants des différents médias de la planète Terre. Il suffit d’ailleurs de se souvenir du top ten de seraina degen en 2025 pour réaliser que notre pays n’est pas non plus au-dessus de tout soupçon dans cet exercice. Comme on avait pesté a posteriori l’année dernière dans les colonnes de Carton-Rouge, on a décidé d’anticiper et de vous présenter notre classement avec un mois et des poussières d’avance cette saison. N’hésitez pas à nous engueuler dans les commentaires (tout en vous rappelant que les prix individuels distribués dans un sport collectif ont de toute façon par essence aussi peu de sens qu’un groupe nominal prononcé par rudy giuliani).

1. Patri Guijarro
Patri (numéro 12) dans ses oeuvres au Groupama Stadium lyonnais pendant les JO 2024. Non, Paris n’est pas non plus le centre du monde.

Pour le coup, on est d’accord avec la journaliste de la SRF susmentionnée, mais avec douze mois de retard. Patri, c’est moins flashy qu’Aitana ou Alexia au milieu, mais qu’est-ce que c’est propre, efficace et irremplaçable dans le rôle de numéro 6 si souvent associé au brassard de capitaine (ce qui est le cas depuis le départ de « La Reina » à Londres). Pour le reste, le quadruplé Champions League, Liga, Coupe de la Reine et Supercoupe avec le Barça (puisque c’est quand même surtout les titres qui comptent pour attribuer un prix individuel dans un sport collectif, on vous avait averti que ça n’avait aucun sens) devrait suffire.

2. Melchie Dumornay
Melchie Dumornay se fait un peu chier (il faut être honnête) face à un faible PSG en septembre 2025.

Si on s’écoutait, on l’aurait placée en première position tant l’Haïtienne de 23 ans est au-dessus du lot depuis de nombreux mois dans son habit de cheffe d’orchestre de l’offensive lyonnaise. Sauf que, on l’a écrit, la numéro 6 (dans le dos seulement, pas dans les tâches) de l’OL Lyonnes est haïtienne. Pas moyen donc de… ah mais si, aucune compétition mondiale n’a eu lieu en 2026, c’était donc l’année où jamais pour « Corventina » ! Ou pas, puisque son club a perdu la finale de la Women’s Champions League 4-0 face à celui de Patri au mois de mai dernier.

3. Temwa Chawinga

Figurer en tant que buteuse dans le premier épisode de la saison 4 de Ted Lasso sous les couleurs du Kansas City Current et les yeux de Jason Sudeikis, Hannah Waddingham, Juno Temple & Co devrait se suffire à lui-même pour une place sur le podium. Mais la petite soeur de Tabitha (OL Lyonnes) s’est dit qu’elle allait aussi marquer les esprits en inscrivant le premier hat trick de la longue histoire (5 ans et demi) de sa franchise de NWSL et en emmenant le Malawi en finale de la Coupe d’Afrique des Nations (5 buts), le qualifiant par la même occasion pour la première Coupe du monde de son histoire en tant que pays le moins bien classé de tous les temps (153e) à y participer, hommes et femmes confondus. Gagner le championnat US aurait pu la faire monter d’une ou deux places, mais on ne le saura pas avant le 26 octobre puisque la saison outre-Atlantique s’étend de mars à novembre.

4. Khadija « Bunny » Shaw

On reste dans les papables à la première place avec un handicap certain. Celui de la Jamaïcaine, outre sa faible équipe nationale, est le fait que son club de Manchester City, qui vient d’interrompre une série de 6 titres consécutifs de Chelsea, n’était pas qualifié pour l’Europe la saison dernière. Le doublé championnat-FA Cup risque donc de ne pas suffire à rivaliser avec le trio de tête (pas sûr que le jury donnera autant d’importance à Ted Lasso que nous cela dit). Si vous jouez à Fantasy WSL, le pendant féminin du jeu en ligne si cher à David Lemos et pas mal d’autres Romands, sa présence comme capitaine de votre équipe est par contre un must absolu. 21 goals en 22 matches de championnat la saison passée (et déjà 2 en ouverture cette année), ça rapporte quelques points.

5. Alexia Putellas
Vous ne la trouvez pas charismatique vous ? She can do it on a Tuesday morning in Vidy at least.

Franchement, on soupçonne qu’elle va le gagner pour la troisième fois cette année après 2021 et 2022. Son charisme et son statut d’icône absolue locale (en Catalogne) et globale (dans l’univers entier) ainsi que l’immense chahut médiatique provoqué par son transfert du Barça aux London City Lionesses de Michele Kang, le tout ajouté à la liste de titres mentionnée plus haut pour Patri et à l’absence d’Aitana dans la liste des nominées pourrait suffire. Cinquième en ce qui nous concerne donc, ce serait con de faire comme tout le monde. Et il reste toujours l’interrogation de ce début de saison: « Can she do it on a Friday night in Bromley ? »

6. Ewa Pajor

Gagner sa 6e finale de Ligue des Championnes après avoir perdu les 5 premières, ça vaut une 6e place. C’est aussi simple que ça.

7. Clàudia Pina
Smilla s’en battait quand même un peu les couilles de devoir faire face à Olga Carmona et Claudia Pina au Wankdorf en juillet 2025.

32 goals et 9 assist en 54 matches toutes compétitions confondues en 2025/26 plus le quadruplé du Barça, ça ne vous suffit pas ?

8. Mapi León

Il paraît que les défenseuses ne gagnent pas le Ballon d’Or habituellement, donc on la met derrière ses coéquipières du Barça / London City.

9. Yui Hasegawa

La géniale milieu de terrain de poche de Manchester City aurait pu être logée à meilleure enseigne dans notre classement, on ne sait pas ce qui nous a pris. Peut-être le fait que, outre le même doublé que Bunny Shaw, gagner la Coupe d’Asie avec le Japon n’était peut-être pas si difficile que ça au vu de l’opposition. En témoigne ce vieux 11-0 des familles face à l’Inde au premier tour.

10. Kerstin Casparij

Peut-être la joueuse la plus sympa de la Women’s Super League anglaise avec Jana Fernández, en tout cas si on en croit l’écoute de nos podcasts hebdomadaires. Bon, mais ça ne compte pas pour le palmarès du Ballon d’Or ça. On ajoutera donc son soutien à la cause LGBT – en insistant sur le T pour faire plaisir à JK Rowling – au doublé de City pour faire bon poids.

11. Barbra Banda

Si on écrivait encore sur CR on aurait probablement fait un jeu de mots grivois à peu près maintenant. Tant pis. Reparlons plutôt de cette brave JK Rowling, qui s’était permis de déclarer que Banda était un homme (bon OK, c’est un peu rigolo comme phrase) en 2024, entre autres tweets plus transphobes les uns que les autres. L’auteur (pardon – l’autrice, attention aux accusations gratuites) de Harry Potter qui se lance dans une chasse aux sorcières, c’est quand même un comble. Rien que pour ça, on a failli donner le Ballon d’Or à Barbra sans autre forme de procès. Et puis on s’est quand même rendu compte que malgré les 64 buts en 69 sélections de la numéro 11 pour la Zambie, son équipe nationale n’a pas franchi le premier tour de la CAF.

12. Caroline Weir

On appelle ça le biais de récence, paraît-il. On vient de voir jouer l’Ecossaise sous ses nouvelles couleurs lyonnaises en amical contre les London City Lionesses dans le désormais fameux Michele Kang Derby et on a été tellement impressionné par son niveau qu’on l’a introduite dans notre top 16 (oui, 11 titulaires et 5 remplaçantes) pour le Ballon d’Or. Et ce malgré le fait qu’elle n’a rien gagné (à part un Clásico et le droit de se taire selon Florentino Pérez) en quatre saisons au Real. Ça va vite changer vu le niveau du reste de la Première Ligue française.

13. Caroline Graham Hansen
Elle nous avait même tourné le dos pendant Norvège-Italie à la Praille.

On ne sait pas trop quoi faire de cette joueuse au Ballon d’Or. D’abord pas nominée du tout – à tort – pendant des années, ensuite snobée pour la première place alors qu’elle aurait dû mille fois le gagner, la voilà toujours dans la liste alors qu’elle n’a pas été dominante et blessée à plusieurs reprises en 2026. Son statut de top 5 de nos joueuses favorites (avec Lauren James, Selma Bacha, Alessia Russo et Chloe Kelly) lui octroie un strapontin dans notre top 16. Mais pas dans notre top 11 parce qu’on se souvient quand même encore beaucoup trop bien de ce Suisse-Norvège à l’Euro. On est objectif ou on ne l’est pas après tout.

14. Alessia Russo
Russo (tout à droite) se promène en solitaire en attendant les lumières de ses coéquipières pendant la finale de l’Euro 2025 à Bâle.

Vous vous souvenez de 2025 ? L’Angleterre avait gagné l’Euro et Arsenal la Champions League, les deux fois en finale contre le Barça. Enfin presque puisque la Roja c’est juste le Barça avec un peu moins de bleu chez les filles. Le top 3 du Ballon d’Or aurait dû être 1. Mariona Caldentey 2. Chloe Kelly 3. Alessia Russo (ou une variation sur ce thème dans le désordre), ce qui n’est évidemment pas arrivé. En hommage à cette pensée, on place Lessi juste ici, même si Arsenal a magnifiquement buté sur chaque obstacle menant même indirectement à un titre en 2026 malgré un contingent monstrueux. Hein ? Ah il y a quand même eu cette FIFA Women’s Champions Cup, première du nom, qui leur a conféré le titre officieux de championnes du monde et un très gros badge doré sur le maillot depuis bientôt deux ans. Chelsea fait la même chose en ce moment chez les hommes. On se consolera du fait que le tournoi féminin n’a pas été entaché par un photobombing de Donald Trump avec le trophée.

15. Selma Bacha
Après l’avoir croisée trois fois dans le hall de l’hôtel du stade, on lui avait quand même demandé une photo.

Allez relire ce qu’on a dit pour Melchie Dumornay et Caroline Graham Hansen et vous aurez les ingrédients principaux. On ajoutera qu’on aurait bien voulu ajouter Lily Yohannes à notre classement, mais la dernière nominée lyonnaise, pour des raisons obscures, est une Wendie Renard quand même un poil loin de son prime, comme disent les jeunes.

16. Alex Greenwood

C’est un peu le prix Leo DiCaprio de notre classement. Mais non, elle n’a pas moins de 25 ans. C’est plutôt un Oscar pour l’ensemble de son oeuvre. D’une troisième place à la Coupe du monde (2015) en passant par une Ligue des Championnes (2020), deux Euros (2022 et 2025), une finale de Coupe du monde (2023) et de multiples titres nationaux (2019, 2020, 2026), il ne lui manque qu’une distinction individuelle. Bon OK, elle a reçu un MBE pour services rendus au football en 2026, mais qu’est-ce que ça vaut à côté du fin fond de notre top 16 ?

Vous remarquerez qu’on n’a pas mis de gardienne dans notre classement. Pour deux raisons: on a bien compris que depuis Lev Yachine c’était exclu pour un-e gardien-ne de gagner le Ballon d’Or, ce d’autant que les derniers remparts ont désormais leur propre prix (oui, c’est la deuxième raison). Voici donc notre classement des meilleures gardiennes 2026:

1. Lorena (brésil / Kansas city current)
2. Cata Coll (espagne / FC Barcelone)
3. Ayaka Yamashita (Japon / Manchester City)

Oui, il n’y a que deux gardiennes nominées dans la liste générale et cinq en tout en ce qui concerne le Trophée Yachine (qu’on va pouvoir gentiment renommer au féminin, non ?). A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire paraît-il. On a du coup lancé une pièce et décrété que Lorena serait notre grande vainqueur. On se souvient aussi de ses prestations de grande classe pour le Brésil lors des JO de 2024 (même si elles étaient entachées d’une propension assez extrême à la simulation) et on vous rappelle que jouer pour la ville natale de Ted Lasso vous octroie un blanc seing en toutes circonstances dans ces colonnes.

Et les coaches ? On y arrive:

1. Niels Nielsen (Japon)
2. Andrée Jeglertz (manchester City)
3. Pere Romeu (FC Barcelone)

L’ancien sélectionneur de la Nati (2018-2022) mérite sa première place pour la simple et mythique raison que son contrat avec le Japon n’a pas été renouvelé malgré une victoire en Coupe d’Asie (la première depuis 8 ans) pour cause de « problèmes de communication et de différences culturelles ». Le coach danois était en effet perçu comme « trop laxiste et doux », ce qui aurait été un souci en vue de la Coupe du monde 2027 (pour laquelle il avait lui-même qualifié l’équipe, mais c’est un détail).

P.S. Changez le nom de ce Trophée Johan Cruyff en Trophée Sarina Wiegman et tout ira bien.

Bon. Il reste quoi ? La meilleure jeune (Trophée Raymond Kopa… euh… hein ?) et la meilleure buteuse (Trophée Gerd Müller, n’en déplaise à Marta):

1. Lily Yohannes (USA / OL Lyonnes)
C’est donc dans cette catégorie que son nom se cachait. Le temps d’enlever sa veste et elle vous montre ce qu’elle sait faire.
2. Vicky López (ESPAGNE / FC Barcelone)
« Dis donc Alexia, si tu me laisses tirer ce coup franc, je gagne peut-être le Trophée Kopa. »
3. Felicia Schröder (Suède / Häcken/Real madrid)

A un extrêmement mauvais choix de carrière près (celui de Schröder, à ne pas confondre avec Gerhard) on aurait pu avoir 3 joueuses ex-aequo tant elles sont aussi talentueuses les unes que les autres.

On imagine que la meilleure buteuse sera simplement mathématiquement désignée d’ici octobre, alors on attend.

Quant au but de l’année et au prix humanitaire, ils semblent ne pas encore avoir de nominées, on conclura donc avec le club de l’année:

FC Barcelone

Le choix semble assez évident puisque le Ballon d’Or, entre autres aspects problématiques, se doit d’être extrêmement euro-centré. Ignorons donc royalement les Mexicaines de Club América, seules nominées non européennes et vainqueurs du doublé au pays ainsi que du trophée continental de la CONCACAF W Champions Cup en 2026. Comme la plupart des journalistes qui composeront le panel en octobre, on ne les a jamais vues jouer.

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