Billet d’humeur de notre invité: Florent Gonnet
Le 29 août, j’ai lu ici (merci Ruben Steiger du Matin) une info qui est passée relativement inaperçue : la joueuse de foot espagnole Esther González (et donc championne du monde) a signé à Al-Qadsiah, qui n’est pas un club australien nommé en hommage aux acacias, mais bien un club en Arabie saoudite.
No speedy trial for González
Jusqu’ici, pas de quoi fouetter une femme chat (Visit Saudi®), car même si on ne porte pas l’Arabie saoudite dans nos cœurs (voir ici et ici), il n’y a pas matière à juger notre brillante footballeuse, chacune étant libre de jouer où elle veut et parfaitement en droit de mettre la daronne à l’abri si tel est son souhait. Le marché, la liberté, tout ça, tout ça…
Polie, Esther ?
Or c’est là que ça se corse pour notre larronne : lesbienne de son état, elle a apparemment poussé la politesse jusqu’à effacer les photos de sa femme (à la péninsule de son plein gré ?) avant de débarquer dans le Golfe, histoire de ne pas froisser les âmes pures.
Comme tout le monde, vous imaginez bien ma première réaction : l’indignation. Quoi ? Comment ose-t-elle se fourvoyer de la sorte ? Comment subir aussi facilement le joug théocratique sans aucune forme de résistance ? En outre, un autre article plus fouillé du Guardian nous explique qu’elle a quelque peu mené le Gotham FC (New Jersey) en bateau, en partant au point culminant de sa carrière là-bas pour « s’occuper d’affaires personnelles » et en donnant l’impression qu’elle n’était pas prête de rejoindre un autre club dans l’immédiat.
Mais bon, même si on peut trouver des défauts à la joueuse, la simple actualité depuis cet épisode a suffi à nous rappeler le rapport de force en présence : citoyen britannique torturé et condamné lors d’un procès secret, le tout sans que personne ne sache vraiment pourquoi (8.9.2026), rappel que l’Arabie a servi de base logistique pour fomenter les attentats du 11 septembre (10.9.2026) et rappel que le pays massacre tranquillement les Houthis du Yémen depuis belle lurette, ce qui du coup énerve un tantinet lesdits Houthis (19.9.2026). Dans ce contexte on comprend déjà mieux qu’elle ait obéi aux consignes…
La vraie question serait plutôt : où s’arrête le devoir d’exemplarité quand ton sport est déjà une galère ? Pas évident d’être érigée au rang d’exemple permanent pour l’égalité salariale, les droits des LGBTQIA+ et virtuellement tous les combats féministes du moment. Ça fait quand même beaucoup pour une seule femme.
Dans le cas de Ronaldo, bien qu’il y soit évidemment allé pour la thune (malgré ses tentatives pathétiques de justifier le niveau du championnat), on pouvait quand même s’accorder pour dire qu’il avait déjà amassé suffisamment d’argent pour protéger les 50 générations suivantes. Or là on parle de joueuses qui gagnent certes de plus en plus, mais dont l’après-carrière est quand même beaucoup moins assurée et qui font face à beaucoup plus d’obstacles sur et hors du terrain. En résumé, la morale de cette histoire pourrait donc être que l’Al-Qadsiah est en grande partie toxique, à l’exception de ses fleurs qui sont bien évidemment les joueuses. Mais aussi que si tous les néo-bien-pensants (Gianni en tête) avec leurs « Faut pas juger sans y être allé », « Le pays évolue vite » et « Le tourisme va aider à changer les mentalités » pouvaient arrêter leurs sornettes, on s’en porterait pas plus mal !


Laisser un commentaire